Quelques imposteurs. La dernière maladie du Prophète et



La distribution du Yémen

Bazhân, le Gouverneur du Yémen, étant décédé, le Prophète répartit, en l'an onze (en tenant compte que l'année commence au mois de Mohanam) les nombreuses provinces Hamdân, Marab, Najrân - qui étaient jusqu'alors unies sous l'autorité de Bazhân, entre les différents gouverneurs de ce pays. Chahr eut l'autorisation de détenir le gouvernement de Çan`â' et du territoire environnant.

Aswad, l'Imposteur

Aswad, un notable riche et influent, rallia à sa cause les nobles qui étaient insatisfaits de la répartition du Prophète et qui avaient chassé ses fonctionnaires, lesquels fuirent et cherchèrent refuge chez les tribus amies les plus proches. Puis il put soumettre la province de Najrân. S'étant assuré ainsi un grand nombre de partisans, Aswad se proclama prophète et marcha sur Çan` â', où il défit l'armée de Chahr, tuant ce dernier et prenant sa veuve comme épouse. De vagues nouvelles d'Aswad parvinrent au Prophète, lequel envoya des lettres à ses fonctionnaires pour qu'ils déposent le prétendant. Toutefois Aswad était en train de hâter lui-même sa fin en traitant avec mépris ses officiers à la bravoure desquels il devait pourtant son succès. La veuve de Chahr, devenue sa femme, guettait elle aussi l'occasion de venger son ex-mari. Les fonctionnaires du Prophète engagèrent des négociations avec les gens mécontents, et il en résulta que l'imposteur Aswad fut tué la veille du décès du Prophète à Médine.

Musaylamah, l'Imposteur

A peu près à la même époque, Musaylamah, un chef de Banî Hanîfah, se proclama prophète à Yamâmah, il trompait les gens et leur récitait des versets en affirmant qu'ils lui avaient été révélés par le Ciel. Cependant aucun de ces versets ne mérite d'être cité ici. Mais cela ne l'empêchait pas de prétendre même qu'il était capable de produire des miracles. L'un de ses miracles consistait à transformer un œuf en un flacon très étroit. La rumeur de cette imposture parvint à Médine, d'où le Prophète lui envoya une lettre lui rappelant son serment d'allégeance et lui ordonnant d'adhérer sincèrement à l'Islam. Musaylamah, dans sa réponse à cette lettre, tendait à affirmer que lui aussi était Prophète comme Mohammad et il lui demandait donc de partager la terre avec lui. Le Prophète, après réception de cette réponse insolente, lui écrivit : "J'ai reçu ta lettre avec ses mensonges et inventions contre Dieu. En réalité la terre appartient à Dieu. IL en fait hériter qui IL veut parmi Ses serviteurs. Que la paix soit sur celui qui suit le droit chemin". La rébellion de Musaylamah sera étouffée à l'époque du Calife Abû Bakr.

Tulayhah l'Imposteur

Un autre imposteur nommé Tulayhah un chef de Bani Asad, se proclama lui aussi prophète, à Nadjd. C'était un guerrier d'une certaine renommée. Après la mort du Prophète, il se révolta ouvertement contre l'Islam. Il fut défait et soumis à l'époque du Calife `Omar.

L'Ordre de l'Expédition vers la Syrie

Vers la mi-Çafar de l'an l2 (calculé en tenant compte qu'il commence au mois de Moharrem) un lundi, le Prophète ordonna à ses partisans de faire de rapides préparatifs en vue d'une expédition contre les habitants de Mota, sur le territoire romain, pour venger les courageux soldats musulmans qui y étaient tombés en martyrs, dans une récente escarmouche. Le lendemain (mardi), il désigna un homme, nommé Osâmah, pour le commandement de l'armée. Osâmah était le fils de Zayd, l'esclave affranchi du Prophète, tué à Mota, et il n'avait que dix-sept ou dix-huit ans. Le Prophète demanda à Osâmah de se dépêcher afin qu'aucune information sur cette expédition ne parvienne à l'ennemi et que la surprise fût totale. "Surprends-le, lui dit-il et si le Seigneur t accorde la victoire, reviens ici sans délai".

Le mercredi, une violente attaque de mal de tête et de fièvre s'empara du Prophète, mais le lendemain matin (jeudi), il se trouva suffisamment rétabli pour préparer un drapeau de ses propres mains, et il le remit à Osâmah, comme drapeau de l'armée. Le camp fut ensuite installé à Jorf, à cinq kilomètres de Médine, sur la route de la Syrie. Le Prophète ordonna à tous ses partisans à Médine, sans excepter ni même Abû Bakr, ni `Omar, de le joindre tout de suite. Seul `Ali, à qui il avait demandé de rester avec lui, en était excepté.

Prédiction concernant 'Âyechah

La maladie du Prophète s'aggravait entre-temps. Malgré cela, pendant quelques jours de sa maladie, il maintint son habitude de se rendre dans les maisons de ses femmes à tour de rôle. Un jour, alors qu'il franchissait la porte de `Âyechah, il entendit un gémissement : "Ma tête ! Aïe, ma tête !" Il entra et dit : "`Âyechah ! C'est plut6t à moi de crier : "Ma tête ! Ma tête !" Et non à toi". Mais elle continua à crier : "Ma tête ! Ma tête !" Puis, dans un effort de tendresse, il lui dit : "Ne désirerais-tu pas, Ô `Âyechah, mourir pendant que je suis encore vivant, afin que je puisse t'envelopper dans un drap, prier sur toi et te déposer dans la tombe ?" Là, `Âyechah dit malicieusement : "En fait, je peux te comprendre ! Tu veux vivre avec une autre femme à ma place, après tout ce que tu viens de dire". Le Prophète sourit à la plaisanterie de `Âyechah, avec la triste compagnie d'une douleur aiguë dans sa tête, et partit pour l'appartement de MaymQnah.

Selon un autre récit; `Âyechah dit : "Chaque fois que le Prophète passait devant ma porte, il avait l'habitude de me dire quelques mots. Maintenant, il passe depuis deux jours sans prononcer un seul mot. Aussi ai je demandé à ma bonne de mettre mon oreiller à la porte. J'y pose ma tête bandée, et lorsque le Prophète passe par là, il entend mes gémissements et entre pour me parler comme il le faisait précédemment".

Hélas ! `Âyechah n'avait pas pu comprendre la situation. Elle aurait dû trembler en pensant à son sort ainsi prédit indirectement par le Prophète. Elle savait qu'il n'était pas d'assez bonne humeur pour prononcer de tels mots par plaisanterie, et que la situation ne prêtait pas à une telle plaisanterie sinistre avec sa femme bien-aimée qui était encore jeune alors qu'il avait atteint, lui, l'âge avancé de soixante-trois ans, pas du tout inconscient des prémonitions de sa fin, et souffrant gravement de maux de tête et de fièvre.

La prédiction se réalisera quelques quarante ans plus tard, lorsque, à l'époque de Mo`âwiyeh, `Âyechah sera enterrée vivante. Elle n'aura pour elle ni toilette mortuaire, ni drap pour l'envelopper, ni cercueil, ni prière sur son âme. Dans son "History of Saracens" (p. 375), Simon Ockley, citant une note de Prince, écrit : "Selon un récit, `Âyechah fut assassinée sous le gouvernement de Mu`âwiyeh"; et de donner ces détails concernant cette affaire : "`Âyechah ayant résolument et avec affront refusé de prêter allégeance à Yazîd, Mu`âwiyeh la convoqua pour un entretien. Il avait fait préparer un puits ou un trou très profond dans la partie de la pièce réservée à sa réception, et il en fit couvrir l'orifice avec des branches et des nattes de paille. Une chaise fut placée au-dessus de l'endroit fatal. Lorsque `Âyechah fut conduite à son siège, elle s'enfonça dans une nuit éternelle. L'orifice du trou fut immédiatement rebouché avec des pierres et du mortier". Ainsi, `Âyechah fut enterrée sans faste tout comme elle s'était mariée sans faste.



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