Effets du deuil et du fait de garder vivant le mouvement de ‘Âshûrâ



Les Imâms impeccables (as) stipulent tous que nous devons organiser des cérémonies de deuil, aussi, l’Imâm al-Hosayn (as) n’a pas été tué pour un bénéfice personnel, il n’a pas été tué alors qu’il entendait se sacrifier pour les péchés de la communauté, au contraire, l’Imâm al-Hosayn (as) a été tué dans la voie de Dieu, il a été tué lors du combat contre ce qui est vain. Les Imâms de la religion (as) veulent que l’école de Hosayn (as) demeure dans le monde, que le martyre de Hosayn (as), en tant qu’école du combat de la vérité contre l’erreur, demeure pour toujours. Mais alors, que peut bien faire à l’Imâm Hosayn (as) le fait que nous pleurions ou que nous ne pleurions pas, et que cela peut-il bien nous faire à nous de nous asseoir simplement, de pleurer un peu, puis de nous lever et de repartir ? Les Imâms de la religion (as) souhaitent que le soulèvement de l’Imâm Hosayn (as) demeure toujours, en tant qu’école, et sous la forme d’un flambeau étincelant. Il s’agit d’un flambeau de vérité, d’amour de la vérité, de désir de la vérité. Il s’agit d’un appel à vouloir la vérité, à la liberté. Ils veulent que cette école de la liberté et du combat contre la tyrannie demeure toujours.

Les slogans et les chants de deuil de ceux qui chantent le Prince des martyrs (as)

A l’époque des Imâms purifiés (as), époque pendant laquelle cette recommandation est émise, elle entraîne des événements réels, actifs et révolutionnaires. Le nom de l’Imâm al-Hosayn (as) devient l’emblème de la révolution contre la tyrannie. Un groupe de poètes révolutionnaires se forme, dont Komayt al-Asadî et Da‛bal Khazâ‛î. Il s’agit de deux animateurs de cérémonies de deuil, mais ils ne sont pas comme les animateurs de deuil ordinaires. Ils chantent bien des chants de deuil, mais ils ne sont pas comme Mohtasham Kâshânî et les autres. Si l’on compare les poèmes de Komayt Asadî, de Da‛bal Khazâ‛î, d’Ibn al-Rûmî et d’Abû Fârs Hamadânî, qui sont en arabe, et ceux de Mohtasham dont on rapporte des milliers de rêves, nous verrons ce que valent les uns et où se situent les autres ! Ce sont eux qui caractérisent l’école de Hosayn (as). Komayt Asadî a par ses poèmes causé plus de dommages aux Omeyyades qu’une armée entière. Quel est cet homme ? C’est un animateur de commémorations, mais quel animateur ! Il déclame des poèmes qui ébranlent le monde entier, qui ébranlent le califat de l’époque.

‘Abdallâh ibn Hasan ibn ‘Alî, connu en tant que ‘Abdallâh al-Mahaz, se trouve sous l’influence des poèmes de Komayt. En tant qu’honoraire pour ces merveilleux distiques, il lui apporte l’acte de propriété de ses terres. Komayt dit : « C’est impossible, je refuse, je suis celui qui chante le deuil du Prince des martyrs (as), je chante ces élégies funèbres pour Dieu, je n’accepte pas d’argent. » ‘Abdallâh insiste beaucoup. En fin de compte, il accepte. Quelques temps plus tard, Komayt se rend auprès de ‘Abdallâh ibn Hasan ibn ‘Alî et lui dit : « J’ai quelque chose à te demander, acceptes-tu ? » L’autre lui répond : « Bien sûr que j’accepte, mais j’ignore de quoi il s’agit. » Il lui dit : « Tu dois d’abord promettre de le faire et ensuite je te le dis » ‘Abdallâh promet. Il se peut même qu’il jure. A peine a-t-il promis que Komayt sort l’acte de propriété et le lui rend. Il lui dit : « Je ne peux l’accepter. » En une autre occasion, les Hashémites rassemblent de l’argent à son intention et entreprennent de le lui donner, mais quoi qu’ils fassent, il n’accepte pas l’argent. Il dit : « Il est impossible que je l’accepte. » En raison de ces poèmes et de ces élégies funèbres, que de difficultés cet homme connaît-t-il, que de vicissitudes rencontre-t-il, et dans quelles circonstances l’a-t-on tué ! On l’attrape et dans la maison de Yûsuf ibn ‘Omar al-Thaqfî, huit hommes se ruent sur lui et le frappent de leur épée, à la tête et au corps. Voici les dernières paroles qu’il prononce dans son dernier souffle : « Ô Seigneur, les Gens de la demeure du Prophète, Ô Seigneur, les Gens de la demeure du Prophète. » Voici les derniers mots qui perlent sur sa langue.

Da‛bal ibn ‘Alî al-Khazâ‛î dit : « Cela fait cinquante ans que j’ai mis ma maison sur mon épaule et que je chemine. » Ces hommes déclament des élégies funèbres mais elles n’ont pas la forme de poèmes mous et infondés. Ils racontent les épopées, et quelles épopées ! Une seule de leurs élégies a autant d’effets qu’une suite entière de discours écrits par un intellectuel révolutionnaire. Par leurs élégies adressées aux martyrs de l’Imâm Hosayn (as), que de revanches ont-ils prises sur les Omeyyades et sur les Abbassides ! Et que de malheurs ont-ils précipité sur leur tête !

Raison des mesures prises par Mutawakil pour effacer le nom de l’Imâm al-Hosayn (as)

Nous savons que Mutawakil ordonne que l’on interdise l’accès à la tombe de Hosayn ibn ‘Alî (as). « Que personne n’aille lui rendre visite, et si quelqu’un s’y rend, qu’on lui coupe la main. » « Si quelqu’un mentionne le nom de Hosayn ibn ‘Alî (as), qu’on lui fasse ceci et cela. » De prime abord, on pense que cet homme, à savoir Mutawakil, est uniquement préoccupé par un complexe moral, une inimitié et une rancune illogiques à l’égard du nom de Hosayn ibn ‘Alî (as). Cependant, cette idée est erronée. A l’époque, le nom de Hosayn ibn ‘Alî (as), du fait de la recommandation des Imâms (as) d’entretenir le deuil, et du fait de l’existence d’hommes tels les Komayt et les Da‛bal ibn ‘Alî, lui occasionne bien des soucis. Mutawakil constate que chacun d’entre eux lui cause autant de tort qu’une armée ennemie. Il s’aperçoit que le nom de Hosayn, une fois martyr, n’occasionne pas moins de désagréments que celui d’un Hosayn vivant : parce que les Imâms de la religion (as), avec leurs recommandations, n’ont pas laissé mourir Hosayn ibn ‘Alî (as). Ils le maintiennent en vie, et il combat la tyrannie, sous la forme d’une pensée, sous la forme d’une idée, sous la forme d’une croyance. Aussi, Mutawakil a très bien évalué sa situation. Il a évalué que s’il pouvait faire disparaître cette pensée, cette mention, cette idée, cette croyance… Eh oui, Mutawakil est un homme très intelligent, il est même en quête de la sainteté. Il n’a ni complexe moral ni personnel vis-à-vis de Hosayn ibn ‘Alî (as), mais il voit que Hosayn (as), avec ces récitants d’élégies funèbres, est en train de devenir une école, et que Mutawakil ne peut plus être Mutawakil !