Les étapes de la voie mystique



Pour parvenir au degré de la connaissance parfaite, les gnostiques enseignent qu’il existe des « demeures » et des stations intermédiaires devant être parcourues, faute de quoi l’accession à la phase finale devient impossible. La gnose présente avec la théosophie une dimension commune qui consiste en un but : la connaissance de Dieu. Là où il y a divergence, c’est que pour la théosophie, l’objectif spécifique n’est pas la connaissance de Dieu, mais celle du système ontologique, celui de l’être en tant qu’être. La connaissance qui est le but du philosophe donne lieu à la constitution d’un système dans lequel la connaissance de Dieu est un pilier important, alors que pour la gnose la connaissance de Dieu est le but exclusif.

C’est qu’aux yeux de la gnose, la connaissance de Dieu est la clef de la connaissance de toute chose. Toute chose s’éclaire par la connaissance de Dieu, et doit être connue du point de l’unité divine. Ce genre de savoir constitue une branche de la théosophie.

Deuxièmement, la connaissance objet de la quête du philosophe, est toute intellective et mentale, semblable à la connaissance qu’obtient le mathématicien en résolvant par la réflexion, des problèmes ou des théorèmes spécifiques. Face à cela, la connaissance visée par le gnostique est une connaissance « présentielle (1)  » (hozûrî) et contemplative. C’est une connaissance directe, vécue et non pas réalisée par l'intermédiaire de concepts.

Le philosophe cherche la connaissance objective et certaine, (‘ilm al-yaqîn) le gnostique est en quête de la connaissance avérée par le témoignage du cœur, (‘ayn al-yaqîn), œil de la certitude (2) .

Troisièmement, l’instrument dont se sert le philosophe est celui de la raison, de la preuve et de la démonstration, tandis que le moyen employé par le gnostique est le cœur, la purification, l’épuration et le perfectionnement de l’âme. Le philosophe veut mettre en mouvement les jumelles de son esprit et par ce moyen observer le système de l’univers. Quant au gnostique, il cherche à mouvoir tout son être afin de parvenir à la connaissance vraie de la nature de l’être, et se joindre à elle, comme la goutte qui rejoint l’océan.

La perfection originelle souhaitée de l’homme consiste, pour le philosophe, dans la compréhension, tandis qu'aux yeux du gnostique, cette perfection consiste dans l’arrivée au but. Pour un philosophe, un homme imparfait est égal à un homme ignorant alors que pour le gnostique, un homme imparfait est synonyme d’homme éloigné du but et abandonné, loin de son principe. Le gnostique, pour qui la perfection se trouve dans l’arrivée et non dans la connaissance, considère que pour atteindre le but fixé initialement - qui est la perfection gnostique réelle-, il lui faudra traverser une série de stations intermédiaires appelées demeures et grades, qui jalonnent ce que l’on appelle la Voie initiatique. La voie qui mène le croyant vers Dieu est une voie verticale, et non une voie horizontale. Le mot vertical s’entend ici dans le sens de vertical dans la géométrie divine et non dans la géométrie naturelle. Il signifie ainsi aller dans une « position élevée », non dans un lieu élevé. Cela implique qu’il faudra réunir le viatique et les provisions nécessaires pouvant assurer la réussite de l’entreprise.

Dieu évoque la voie initiatique comme un voyage ascendant ou horizontal, et dans la sourate numéro 58, Il dit :

« …Dieu élèvera ceux d’entre vous qui croient et ceux qui furent gratifiés de degrés dans la connaissance. » (Sourate Al-Mujâdila (La discussion) ; 58 : 11)

Celui qui suit la voie ascendante est élevé et il évoquera l’Essence divine sacrosainte par l’attribut d’élévation. Dans la sourate numéro 35, il est fait mention de cette ascension en ces termes : « Vers Lui monte la parole bonne ; l’action salutaire, c’est Lui qui l’élève. » (Sourate Fâtir (Créateur) ; 35 : 10).

Il s’ensuit que l’on peut déduire de ces deux expressions « élévation » et « ascension » que la voie initiatique est verticale et vise un rang, et n’est pas horizontale en vue d’une position mondaine car un voyage en direction d’une position, fut-elle élevée, reste un voyage horizontal, et non un voyage vertical. Evoquant l’élévation des personnes telles que le prophète Idrîs (as) qui ont dépassé cette station élevée, le Coran dit :



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