Le sacrifice d’Ismâ‛îl (as) dans l’histoire d’Ibrâhîm (as)



L’histoire du sacrifice d’Ismâ‛îl (1) (as) est racontée dans les versets 100 et 101 de la sourate Al-Sâfât (Les rangés, sourate 37), Ibrâhîm (2) (as) dit : « ‘Mon Seigneur ! Accorde-moi un fils qui soit juste.’ ! Nous lui avons alors annoncé une bonne nouvelle : la naissance d’un garçon, doux de caractère. »

Le songe d’Ibrâhîm (as) au sujet du sacrifice d’Ismâ‛îl (as)

Parmi les songes mentionnés dans le noble Coran se trouve celui de son Excellence l’Imâm (3) Ibrâhîm (as), dans lequel il se voit sacrifier son fils Ismâ‛îl (as) dans la voie de Dieu. Voici de quelle façon Dieu le Très-Haut rapporte ce fait dans le noble Coran : « Lorsqu’il fut en âge d’accompagner son père, celui-ci lui dit : ‘Ô mon fils ! Je me suis vu moi-même en songe, et je t’immolais ; qu’en penses-tu ?’ Il dit : ‘Ô mon père ! Fais ce qui t’es ordonné. Tu me trouveras patient, si Dieu le veut !’ Après que tous deux se furent soumis, et qu’Abraham eut jeté son fils, le front à terre, nous lui criâmes : ‘Ô Abraham ! Tu as cru en cette vision que tu as réalisée ; c’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien : voilà l’épreuve concluante.’ Nous avons racheté son fils par un sacrifice solennel. ! Nous avons perpétué son souvenir dans la postérité : ‘Paix sur Abraham !’ » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 102 à 109).

Ainsi, quelques temps après, Ibrâhîm (as) relate à son fils le songe dans lequel la responsabilité lui est confiée de l’immoler (« Lorsqu’il fut en âge d’accompagner son père, celui-ci lui dit : ‘Ô mon fils ! Je me suis vu moi-même en songe, et je t’immolais ; qu’en penses-tu ?’ »). Le fils accepte et encourage son père à accomplir ce que Dieu attend de lui (« Il dit : ‘Ô mon père ! Fais ce qui t’es ordonné. Tu me trouveras patient, si Dieu le veut !’ »). Tous deux s’apprêtent à mettre en œuvre cet étrange commandement (« Après que tous deux se furent soumis, et qu’Abraham eut jeté son fils, le front à terre ») ; or, au moment d’immoler son fils, Dieu le Très-Haut appelle Ibrâhîm (as) et lui dit qu’il a d’ores et déjà accompli son devoir (« Nous lui criâmes : ‘Ô Abraham ! Tu as cru en cette vision que tu as réalisée ; c’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien… »). Là, un sacrifice solennel vient payer la rançon du fils d’Ibrâhîm (as) (« Nous avons racheté son fils par un sacrifice solennel. »). Bien que dans le songe il se voyait en train de sacrifier son fils, il n’a cependant pas vu le sacrifice accompli. Autrement dit, il annonce à son fils : « Je me suis vu moi-même en songe, et je t’immolais », c’est pourquoi, Dieu dit à Ibrâhîm (as), après avoir étendu son fils à terre : « Tu as cru en cette vision que tu as réalisée. » Quant au sacrifice solennel, il s’agit apparemment de ce sacrifice entrepris chaque année lors de la cérémonie du pèlerinage, et qui rappelle le sacrifice d’Ibrâhîm (as). Dans le Bihâr al-Anwâr, il est rapporté du Khisâl de Shaykh Sadûq et du ‘Uyûn al-akhbâr al-Rezâ (as) : « Tout ce qui sera sacrifié (à Minâ) jusqu’au Jour de la Résurrection correspondra à la rançon de son Excellence Ismâ‛îl (as). »

Ibrâhîm (as) et Ismâ‛îl (as) dans le lieu sacrificiel de l’amour

Les examens ordinaires servent à éprouver les capacités des gens, tandis que les examens divins poursuivent d’autres buts. Dieu est parfaitement connaissant de la situation des serviteurs, dans le passé comme dans l’avenir, ainsi que de leurs mérites et capacités. C’est pourquoi son examen comporte un, voire plusieurs autres desseins, dont l’un consiste à faire atteindre la perfection aux serviteurs qui en sont capables, et qui le méritent. Ainsi, les capacités et les mérites latents chez ces serviteurs se trouvent mis en œuvre et parviennent au degré de la réalisation. La sincérité et le sens du sacrifice d’Ibrâhîm (as) existent en lui en puissance et sous forme de capacités ; cependant, lorsqu’il montre sa disposition à sacrifier son fils sur l’ordre de Dieu, ses capacités accèdent au degré de la réalisation. Pour cette raison, Dieu ordonne à Ibrâhîm (as) de sacrifier son fils dans Sa voie. Ibrâhîm (as) s’en remet à son fils et tous deux se déclarent prêts, ainsi, le père et le fils exposent leur sincérité envers le commandement divin. Dans les versets du Coran, il est question de ce dessein, dont parle également l’Emir des croyants (as) dans ses discours, lorsqu’il dit par exemple : « Bien que Dieu connaisse mieux les êtres humains qu’eux-mêmes, Il les place cependant dans le creuset de l’examen, afin de révéler les actions qui engendrent la récompense ou le châtiment. » Bien entendu, le dessein des examens divins ne se limite pas à éprouver des aptitudes et à changer des capacités en réalisations, car au-delà de ce cas, d’autres desseins entrent en jeu. Pourtant, le but visé par le commandement d’immoler Ismâ‛îl (as) tient de ce premier cas, et c’est pourquoi, lorsqu’Ibrâhîm (as) a montré sa résolution d’obéir et s’apprête à effectuer le sacrifice, on lui dit : « C’est assez, tu as crû en ton songe, et ce que Je voulais voir est d’ores et déjà fait. Par ce moyen, tu as prouvé ta sincérité envers Dieu. » Cela dit, selon un groupe d’exégètes, Ismâ‛îl (as) a treize ans lorsqu’Ibrâhîm (as) voit ce songe au dessein étrange, qui soumet cet immense prophète (as) à un nouvel examen. Dans ce songe, il voit que l’ordre lui est donné de la part de Dieu d’immoler lui-même son fils unique, et de l’égorger. Lorsqu’Ibrâhîm (as) se réveille, il est terrifié, car il sait que le songe des prophètes est véridique et hors d’atteinte des doutes sataniques. Alors qu’il se trouve dans cet état, le songe se reproduit deux nuits de suite, ce qui confirme la nécessité et l’imminence de ce commandement. Ibrâhîm (as) est plusieurs fois sorti glorieux du fourneau brûlant des examens divins. Cette fois encore, il doit se jeter à l’eau et se soumettre au commandement de Dieu. Il doit égorger le fils qu’il a attendu toute sa vie et qui est maintenant un jeune garçon épanoui ! Mais avant toute chose, il doit le préparer à cela, alors il se tourne vers lui et lui dit : « ‘Ô mon fils ! Je me suis vu moi-même en songe, et je t’immolais ; qu’en penses-tu ?’ » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 102). Ismâ‛îl (as) est lui-même emprunt de l’abnégation de son père. Au cours de sa courte existence, il a appris la patience, la droiture et la foi dans son école, aussi il reçoit le commandement divin à bras ouverts et il l’agréé volontiers. Il dit clairement et catégoriquement : « Ô mon père ! Fais ce qui t’es ordonné. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 102). Sois apaisé de mon point de vue, car « Tu me trouveras patient, si Dieu le veut ! » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 102). Ainsi, le père comme le fils passent avec un franc succès la première étape de ce grand examen. Sur ces entrefaites, que s’est-il passé ? Le Coran ne l’explique pas et ne met l’accent que sur les points essentiels de cet événement. Certains auteurs nous apportent des détails : « Pour aider son père à accomplir cette mission, et réduire la souffrance et la tristesse de sa mère, cet enfant dévoué dit à son père, alors qu’il l’a amené au lieu du sacrifice, entre les montagnes sèches et brûlantes de la plaine de Minâ : ‘Mon père, resserre mes liens afin que je ne m’enfuie pas au moment où tu accompliras le commandement divin, car j’ai peur de me voir soustraire ma récompense ! Cher père, affûte le couteau et fais-le rapidement passer sur ma gorge pour que cela soit plus supportable pour moi (et pour toi) ! Mon père, avant cela, ôte ma tunique pour qu’elle ne soit pas souillée de mon sang, car j’ai peur que lorsque ma mère la verra, elle n’en perde la tête.’ Là, il ajoute : ‘Transmets mon salâm (4) à ma mère, et si tu n’y vois pas d’inconvénient, porte-lui ma tunique pour la consoler et apaiser ses souffrances, car elle y trouvera l’odeur de son fils et elle pourra la presser contre son cœur à chaque fois qu’elle le voudra, ce qui atténuera la brûlure de sa peine. » Le moment crucial survient, il faut mettre en œuvre le commandement divin. Ibrâhîm (as), voyant le degré de soumission de son fils, le prend dans ses bras et lui embrasse les joues. Tous les deux se mettent à pleurer, et ces sanglots expriment les sentiments et préfigurent l’ardeur de la Face divine. C’est dans cette mesure que le Coran dit, lors d’une formulation brève et pleine de signification : « Après que tous deux se furent soumis, et qu’Abraham eut jeté son fils, le front à terre… » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 103). Là, de nouveau, le Coran se montre bref et autorise l’auditeur (ou le lecteur…) à poursuivre le récit, ainsi porté par le flot de ses sentiments. Certains auteurs affirment que « le front à terre » indique que c’est le fils qui propose à son père de poser son front contre la terre, afin que le regard du père ne croise pas celui de son fils et que les sentiments paternels que cela susciterait ne le retiennent pas de mettre en œuvre le commandement de Dieu ! Quoi qu’il en soit, Ibrâhîm (as) dispose son fils face contre terre, prend le couteau et le passe promptement et fortement sur la gorge de son fils, alors qu’il est submergé d’émotion, et sachant que seul l’amour de Dieu le fait aller de l’avant. Cependant, le couteau tranchant ne laisse pas la moindre trace sur la gorge de son fils ! Ibrâhîm (as) en reste perplexe. Une nouvelle fois, il met le couteau en mouvement et de nouveau rien ne se produit. En effet, Ibrâhîm, l’Ami de Dieu (as), dit : « Coupe ! » Mais le Dieu de l’Ami ordonne : « Ne coupe pas ! » Et le couteau n’obéit qu’à Dieu. Là, le Coran dans une formulation brève et pleine de signification, met fin à l’affaire, contre toute attente : « Nous lui criâmes : ‘Ô Abraham !’ » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 104). « Tu as cru en cette vision que tu as réalisée ; c’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 105).

Nous avons donc : « Nous leur donnons la réussite pour succéder à l’examen », et aussi « Nous ne le laissons pas perdre son fils bien-aimé ». En effet, « celui qui est entièrement soumis à Notre commandement et porte le bien à son plus haut degré ne recevra rien moins qu’une récompense ».

Ensuite, Il ajoute : « Voilà l’épreuve concluante. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 106). Sacrifier son propre fils de sa main, un fils épanoui et méritant que son père a passé toute sa vie à espérer, ne constitue pas un acte ordinaire et facile. Comment peut-on avoir le cœur à sacrifier un tel fils ? Plus encore, comment peut-on accéder à de tels commandements en faisant montre de soumission et de satisfaction sans infléchir son honneur, accomplir tous les préliminaires, et ce jusqu’au dernier stade, de manière à ne rien négliger dans la préparation, qu’elle soit psychologique ou pratique ?

Ce qui est plus étonnant encore, c’est la soumission absolue de ce jeune homme face à ce commandement, qui accepte à bras ouvert d’être ainsi égorgé, avec une confiance totale dans la bonté du Créateur et une soumission à Sa volonté. Cependant, afin que le programme d’Ibrâhîm (as) ne demeure pas inachevé, et pour qu’il ait tout de même accompli un sacrifice auprès de Dieu, pour que le désir d’Ibrâhîm (as) soit exaucé, Dieu envoie un gros bélier à sacrifier à la place de son fils, et afin d’instituer une tradition pour ceux qui viendront, et qui feront de même, lors de la cérémonie du pèlerinage, dans la plaine de Minâ, comme le dit le Coran : « Nous avons racheté son fils par un sacrifice solennel. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 107).

Penchons-nous à présent sur l’origine de cette grandeur : tient-elle au dévouement du fils d’Ibrâhîm (as) ? Ou au fait qu’Ibrâhîm (as) s’offre à Dieu, à la voie de Dieu ? Ou est-ce parce que ce sacrifice lui a été commandé par Dieu ? Les exégètes discutent beaucoup cette question, cependant, rien ne s’oppose à ce que tous ces aspects, ensemble comme pris un par un, concourent à la gloire de cette immolation. Quant à la façon dont ce bélier est donné à Ibrâhîm (as), la plupart avancent que c’est Jabra’îl qui l’apporte, tandis que certains prétendent qu’il a dévalé seul la pente de la montagne bordant la plaine de Minâ. Quoi qu’il en soit, cela a été ordonné par Dieu et correspond à Sa volonté. Non seulement ce fait loue la réussite d’Ibrâhîm (as) à ce grand examen, mais il en vivifie pour toujours le souvenir, car le Coran dit dans le verset suivant : « Nous avons perpétué son souvenir dans la postérité. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 108). Il devient un exemple pour tous et un modèle pour tous les amants, ceux qui ont sacrifié leur cœur à l’Aimé. Ce qu’il a fait est institué en tant que tradition de la cérémonie du pèlerinage, pour les siècles à venir, jusqu’à la fin des temps. Ibrâhîm (as) est le père des grands prophètes (as), le père de la communauté musulmane et du Prophète de l’islam (s). « Paix sur Abraham ! » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 109). « C’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien. Il était au nombre de Nos serviteurs croyants. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 110 et 111). Une récompense à la hauteur de ce monde, une récompense qui perdurera tant que durera le temps, une récompense illuminée par le salâm et la louange de Dieu l’Immense !



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