La fonction des lois religieuses immuables et variables dans l’organisation des relations trilatérales (entre Dieu, la nature et l’homme)



Si ce principe général était établi que la vie humaine est ainsi faite qu’elle présente réellement des dimensions fixes et universelles dotées d’un statut du mouvement orbital et de dimensions variables dotées d’un statut d’étapes du mouvement, de la même façon que chaque étoile est à la fois mobile et fixe : mobile parce qu’elle ne se trouve jamais dans un même endroit à deux moments différents, et fixe parce que son orbite, son parcours, est invariable. Elle  ne s’écarte pas de son orbite, fut-ce d’un millimètre…

S’il en est ainsi, alors les conditions qui déterminent l’orbite de la vie des hommes, c'est-à-dire le parcours de leur mouvement, doivent être fixes, invariables. Mais si ces conditions concernent les étapes de la vie, elles doivent être variables. Nous devons examiner la question de savoir si l’islam porte son attention sur le parcours et l’orbite de la vie des hommes, à leur cadre de vie et d’évolution ou au contraire s’il concentre son attention sur les étapes.

Nous voyons que nous avons une série de lois ordinaires qui sont du type « orbital » et non du type « étapes ». Nous avons dit que les dispositions islamiques concernaient soit les relations de l’homme avec Dieu, soit les relations de l’homme avec lui-même, soit encore les relations de l’homme avec la nature ou  avec ses congénères.

Les relations de l’homme avec Dieu :

Tant que la relation de l’homme avec Dieu concerne Dieu, elle ne peut supporter aucun changement. Et tant qu’elle concerne l’homme aussi, ce qui constitue l’âme de ce sujet est également fixe et invariable.

Certes dans ses formes, on peut trouver des changements en fonction des conditions. Et nous voyons que même l’islam admet et prône aussi ses changements, comme dans la prière rituelle. Il dit : faites la prière ! Puis il ajoute : faites la prière dans la position debout ! Et si vous ne pouvez pas vous tenir debout, faites-la assis ! Si encore vous ne pouvez pas la faire en étant assis, alors faites-la allongé, sur le côté droit ! Si vous ne pouvez toujours pas ainsi, faites-la sur le côté gauche ! Et si encore, votre santé ne le permet pas, faites-la, allongé sur le dos. Si cela ne vous est pas possible non plus, faites-la par les signes. La prière est une, mais elle prend des formes variables selon la variation des circonstances.

Les juristes musulmans sont convaincus que la « prière du noyé » est valide. Cela signifie qu’une personne menacée de la mort par noyade, et qui s’efforce de se sauver du danger, devra dans ces conditions accomplir sa prière uniquement par des signes, sans faire aucune génuflexion, ni prosternation, ni même sans réciter de sourate coranique (1)  : la prière de cette personne est valide. Il s’agit ici d’un cas limite que les juristes musulmans ont envisagé pour montrer que si la définition de la prière est unique, ses formes, les modalités de son accomplissement sont nombreuses. Cela veut dire que la prosternation, la génuflexion, la récitation, etc., ne sont que des formes, des gestes rituels de la prière, pas son âme, ce qui fait qu’elle est appelée prière. De même, la prière rituelle ne comportant que deux génuflexions est une prière à part entière, pas un substitut de la prière à quatre génuflexions. Ainsi, pour une personne, la prière peut être à quatre génuflexions, pour une autre, à deux génuflexions ; pour une personne, la prière peut être faite debout ; pour une autre, elle peut être accomplie dans la position assise ou allongée ; pour une personne, la prière peut être accomplie avec des ablutions à l’eau, pour une autre personne, l’ablution peut être pulvérale (2) , (tayammum, avec de la poussière).

Les juristes traitent aussi d’une question intitulée « parties » (ajzâ’, pluriel de joz’). Elle consiste en ceci : est-ce que la prière que nous accomplissons lorsque nous nous retrouvons dans un cas de contrainte subite, une situation imprévue, où quand nous sommes pressés par l’urgence dans une situation exceptionnelle, doit être considérée comme une « prière remplaçant » celle que nous aurions accomplie dans des circonstances normales ? Si nous avons récité notre prière dans ces conditions, aurions-nous à la refaire une fois la situation redevenue normale ou non ? Ils disent que Non ! Pourquoi la refaire ? Cette prière non formelle n’est pas un « substitut », elle est valide car c’est la prière elle-même, celle qui établit la relation entre celui qui prie et son Créateur.

Donc nous ne devons pas penser qu’une prière que nous avons accomplie par exemple en état d’ablution pulvérale (tayammum) a été récitée « à la place » de la prière normale, pour parer au plus pressé et que nous restons redevables d’une prière à accomplir !

La prière d’Untel est une prière accomplie avec l’ablution à l’eau ; la prière de celui-ci est accomplie avec l’ablution pulvérale, c’est tout ! La chose essentielle commune dans les deux cas est qu’une relation s’établit avec le Créateur, peu en importe la forme apparente. Cette dernière ne change en rien la qualité du lien qui se produit. Ainsi, si la prière de quelqu'un devait être une prière accomplie avec une ablution à la poussière, pour lui, sa prière serait non valide s’il l’accomplissait avec une ablution à l’eau.



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