Récit de l’entrée de Mûsâ (as) dans Madian et de sa rencontre avec Shu‛ayb (as) au regard du Coran et des hadiths



Mûsâ (1) (as) dans le désert de Madian et sa proposition de venir en aide aux filles de Shuayb (2) (as)

Mûsâ (as), sans provisions de voyage, prend à pied la direction de Madian. La distance entre le Nil et Madian se parcourt en huit jours et huit nuits. Durant le trajet, il se nourrit de la verdure glanée dans le désert. La marche lui occasionne des ampoules. Lorsqu’il parvient aux abords de Madian, il voit un groupe de gens auprès d’un puits, occupés à en tirer de l’eau au moyen d’un delou (3) pour abreuver leur bétail. A leurs côtés, il voit deux jeunes filles qui font attention à ce que leurs moutons ne s’approchent pas du puits. Il va auprès d’elles et leur dit : « Pourquoi restez-vous en retrait ? Pourquoi n’abreuvez-vous pas vos moutons ? » Les jeunes filles disent : « Notre père est un homme avancé en âge et usé, aussi nous faisons paître les moutons à sa place. Là, ce sont les hommes qui utilisent ce puits. Nous attendons qu’ils s’en aillent pour tirer de l’eau. » A côté de ce puits se trouve un autre puits, obstrué par une grosse pierre nécessitant trente ou quarante personnes pour la déplacer. Mûsâ (as) se rend seul auprès de ce puits et seul, ôte la pierre de son orifice. Utilisant un lourd delou nécessitant pourtant plusieurs personnes pour le soulever, il tire seul de l’eau de ce puits et en abreuve les moutons de ces jeunes filles. Ensuite, Mûsâ (as) s’écarte, va se mettre à l’ombre, se tourne vers Dieu et dit : « Mon Seigneur ! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 24).

Certains exégètes prétendent que le puits dont Mûsâ (as) tire de l’eau n’est autre qu’un simple puits duquel les bergers tirent de l’eau, car lorsque Mûsâ (as) voit la situation, il se rend à un autre puits à proximité qui est fermé par une grosse pierre. Là, il ôte seul de la bouche de ce puits la pierre que dix personnes ne parviendraient pas à déplacer, en tire de l’eau avec le delou et abreuve les moutons de ces deux femmes. Dans un hadith, il est dit que Mûsâ (as) se rend auprès des bergers et leur dit : « Laissez-moi tirer un delou pour vous et un delou pour moi également. Alors que les bergers doivent se mettre à dix pour pouvoir remonter le delou du puits, ils le remettent à Mûsâ (as) et se mettent de côté. Son Excellence (as) leur remonte un delou, puis en remonte un deuxième pour abreuver les moutons des deux femmes. Ainsi, il aide à ce que les femmes puissent rentrer chez elle rapidement, puis il retourne à sa place (4) . A cause de la faim qui le tenaille, il se plaint auprès de Dieu le Très-Haut en disant : « Mon Seigneur ! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 24).

Il est rapporté de l’Emir des croyants (as) : « A ce moment, Mûsâ (as) ne demande rien d’autre à Dieu que du pain à manger pour pouvoir compenser sa faim. » Dans un autre hadith, il est rapporté de l’Imâm al-Bâqer (as) : « A cet instant, Mûsâ (as) avait besoin d’un peu de datte (pour calmer sa faim). » Dieu, dans le Coran, rapporte ainsi l’événement : « Lorsqu’il arriva au point d’eau de Madian, il y trouva des gens qui abreuvaient leurs troupeaux. Il y trouva deux femmes qui se tenaient à l’écart et qui retenaient leurs bêtes (de s’approcher du puits). Il dit : ‘Que faites-vous, vous deux ? (Pourquoi n’abreuvez-vous pas vos bêtes ?)’ Elles dirent : ‘Nous n’abreuvons pas nos troupeaux tant que ces bergers ne seront pas partis, car notre père est très âgé.’ » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 23). Madian – selon ce qui apparaît dans le livre Al-Marâsed al-Ettelâ‛ – est le nom de la ville dans laquelle vit Shu‛ayb (as). Cette ville se trouve sur le rivage de la mer Rouge (golfe d’Aqaba), en face de Tabûk, sachant qu’il se trouve entre ces deux villes six étapes de caravane. Madian est plus grande que Tabûk. C’est dans cette ville que se trouve le puits dont l’eau abreuve les moutons de Shu‛ayb (as). D’autres exégètes disent : « Cette ville se trouve à huit étapes du Nil et échappe à l’influence politique de Pharaon, c’est pour cette raison que Mûsâ (as) décide de s’y rendre. »

Le mot tadhûdân / تذودان correspond au duel (5) de tadhûd / تذود soit le présent de la racine dhûd / ذود qui a pour signification la répression, l’interdiction. Dans le cas qui nous occupe, il est dit que ces deux femmes empêchent leur troupeau d’aller en direction du puits, et/ou de se mêler aux troupeaux des autres. De même, le mot yasqûn / يسقون signifie donner de l’eau au troupeau, au bétail, tandis que le mot ri‛â’ / رعاء désigne le pâtre, celui qui fait paître les troupeaux. Ainsi, voici en version commentée ce que dit le verset : lorsque Mûsâ (as) atteint le puits de Madian, il y voit des gens groupés qui abreuvent leurs troupeaux de moutons, et il voit à proximité deux femmes qui empêchent leurs moutons d’approcher du puits. Mûsâ (as) s’enquiert de la raison pour laquelle ces deux femmes ne laissent pas leurs moutons s’approcher du puits, et pourquoi ce n’est pas un homme qui conduit le troupeau. Il dit : « Que faites-vous, vous deux ? » Elles répondent : « Nous n’abreuverons pas nos moutons avant que les bergers n’aient fini d’abreuver les leurs. » Ce qui veut dire : « C’est ainsi que nous faisons d’habitude, notre père est un homme très âgé, il ne peut pas se charger lui-même d’abreuver le troupeau, c’est pourquoi c’est nous qui nous en chargeons. »

Mûsâ (as) accorde une vigilance particulière à ses propres actes

« Mon Seigneur ! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! » Par la réponse de ces deux jeunes filles, Mûsâ (as) comprend que si elles s’abstiennent d’abreuver les moutons, c’est à la fois en raison d’une forme de pudeur, de chasteté et en raison de la tyrannie des gens envers elles deux, c’est pourquoi il s’avance, leur tire de l’eau et abreuve leurs moutons. Après avoir abreuvé les moutons, il retourne à l’ombre pour se reposer parce que l’air est très chaud. Là, il dit : « Mon Seigneur ! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! » La plupart des exégètes disent que cette invocation est une demande de nourriture pour calmer sa faim. Par conséquent, il est préférable d’avancer que l’objet de / ما dans la phrase limâ anzalta ilay / لما أنزلت إلي est la force physique grâce à laquelle il peut accomplir les actes bienfaisants, les actions qui sont l’objet de la satisfaction de Dieu, comme la défense des Israélites, la fuite en direction de Madian pour échapper à Pharaon ou tirer de l’eau pour abreuver les moutons de Shu‛ayb (as). Ici, lâm / لام accolé au mot / ما à le sens de ilâ / الى. Cette déclaration de pauvreté et de besoin de la force que Dieu fait descendre pour lui et dont Il le comble est la métaphore d’une déclaration de dénuement en terme de nourriture dans laquelle est conservée cette force descendue, ce don.

Par-là, il est clair que Mûsâ (as) accorde une vigilance particulière à ses propres actes, n’accomplissant rien, et même n’appliquant sa volonté à rien si ce n’est pour la satisfaction de son Seigneur, et ce à titre du djihad (6) dans la voie qui mène à Lui. Il accomplit même les actes ordinaires et naturels de l’existence avec ce dessein, il mange selon ce dessein, afin d’avoir la force d’accomplir le djihad et d’obtenir la satisfaction de Dieu. Ce point transpire à travers toute son histoire, car aussitôt après avoir frappé le Copte (7) , il remercie avec gratitude le fait que sa force puisse être employée à venir en aide aux faibles et à tuer un oppresseur : « Mon Seigneur ! Grâce aux bienfaits dont tu m’as comblé, je ne serai jamais l’allié des criminels. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 17). De même, lorsqu’il quitte la capitale pharaonique, il dit pour exprimer son aversion pour la tyrannie et pour les tyrans : « Moïse sortit de la ville, inquiet et regardant de tous côtés. Il dit : ‘Mon Seigneur ! Délivre-moi de ce peuple injuste.’ » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 21). Et lorsqu’il se met en route également, l’intensité de son amour pour la voie menant à Dieu et la crainte d’en être détourné lui font faire cette déclaration d’espoir : « Il dit, tout en se dirigeant vers Madian : ‘Il se peut que mon Seigneur me guide sur la voie droite.’ » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 22). Et encore, lorsqu’il a abreuvé les moutons de Shu‛ayb (as) et retourne à l’ombre, la joie de constater que la force qui lui a été donnée a pu être employée à obtenir la satisfaction de Dieu, et le regret de voir décliner cette force car l’absence de nourriture l’affaiblit, lui font dire : « Mon Seigneur ! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 24). Et plus tard, lorsqu’il se fera ouvrier de Shu‛ayb (as) et épousera sa fille, il dira : « Voilà qui est convenu entre moi et toi. Quel que soit celui des deux termes que j’accomplisse, nul ne me fera violence. Dieu est garant de ce que nous disons. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 28).

La probité et la chasteté de Mûsâ (as)

Les jeunes filles retournent prestement auprès de leur père, qui n’est autre que son Excellence Shu‛ayb (as) le prophète, et lui narrent l’événement. Shu‛ayb (as) envoie l’une de ses filles, Sephora, auprès de Mûsâ (as), en lui disant : « Va l’inviter à venir chez nous afin que je lui donne une rémunération pour son acte. » Sephora, qui marche avec une extrême pudeur, se rend auprès de Mûsâ (as) et lui délivre l’invitation de son père. Mûsâ (as) se met donc en route pour la maison de Shu‛ayb (as). En cours de route, alors que la jeune fille marche devant lui pour montrer le chemin, un souffle de vent fait onduler ses vêtements tant vers le haut que vers le bas. Mûsâ (as) lui dit : « Viens derrière moi, à chaque fois que je prends la mauvaise direction, montre-moi le chemin en jetant un caillou. Parce que nous, les fils de Ya‛qûb (8) (as), ne regardons pas le dos des femmes. »



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