Personnalité et croyances du pharaon de l’époque de Mûsâ (as)



Le mot pharaon découle de la racine copte (1) « pe r » qui a pour signification « grand édifice » et est adopté comme titre par les souverains d’Égypte à l’époque ancienne. Selon ‘Allâmeh Tabâtabâ’î, « le mot pharaon n’est pas le nom du souverain d’Égypte, mais son titre (2) , comme celui de Khédive par lequel les Egyptiens ont appelé leurs souverains plus généralement, ou comme celui de Qaysar (3) donné aux souverains byzantins, celui de Kasrâ donné aux souverains persans ou celui de Faghfûr (4) donné aux souverains chinois. S’agissant de savoir quel est le nom du pharaon contemporain de Mûsâ ibn ‘Imrân (as), celui-là même qui est noyé [dans le Nil] par Mûsâ (as), le Coran ne le précise pas.

Le premier à être connu dans l’histoire de l’Égypte ancienne pour porter le titre de pharaon est le souverain que l’on nomme le ‘roi scorpion’ et dont le nom n’est pas connu ; cependant, dans le hiéroglyphe gravé qui existe à son propos sur une massue de pierre, on le voit face à un scorpion, et c’est pour cette raison qu’il est ainsi nommé. Parmi les pharaons d’Égypte, nous pouvons citer Khoufou (Khéops), Khaéfrê (Khéphren), Menkaouré (Mykérinos), Ramsès II, Akhénaton (Aménophis IV), Toutânkhamon, la reine Hatchepsout, et Thoutmôsis III. Parmi tous ces pharaons, les plus célèbres sont : Khoufou (Khéops), Khaéfrê (Khéphren) et Menkaouré (Mykérinos) pour la construction des trois pyramides célèbres, Thoutmôsis III et Ramsès II pour l’immense puissance engagée dans la gestion du pays et dans les conquêtes, Akhénaton pour sa rébellion contre l’ensemble des croyances des pharaons précédents, et parce qu’il a fait construire la ville d’Akhen Aton (l’horizon d’Aton) (5) , selon ce même dessein, et Toutânkhamon pour sa mort curieuse à l’âge de dix-huit ans et du trésor conservé dans sa tombe. »

Les croyances de Pharaon

Dieu dit dans la sourate Al-A‛râf : « Les chefs du peuple de Pharaon dirent : ‘Laisserez-vous Moïse et son peuple corrompre la terre et te délaisser, toi et tes divinités ?’ Il répondit : ‘Nous tuerons leurs fils ; nous laisserons vivre leurs filles et nous les dominerons ! » (sourate Al-A‛râf ; 7 : 127). Pharaon prétend à la divinité tout en adorant des dieux. ‘Allâmeh Tabâtabâ’î déclare : « Le fait que les grands parmi le peuple de Pharaon disent : ‘et te délaisser, toi et tes divinités’ confirme qu’il est intrigué au sujet du meurtre de Mûsâ (as) (6) . En voici le sens : ‘Ô Pharaon ! Cet homme, en plus de la corruption que lui et son peuple ont suscité sur la terre, n’a pas voulu non plus se soumettre à ton culte et à celui de tes dieux.’ Cette phrase montre clairement que, d’une part, Pharaon prétend à la divinité et appelle les gens à l’adorer et que, d’autre part, il voue lui-même un culte à des dieux. L’histoire atteste ce fait concernant une partie des nations anciennes. Parmi elles, on rapporte qu’à Byzance (7) et dans d’autres Etats, on adore les grands de la famille, les chefs des tribus et des clans nomades, tandis que ces grands et ces chefs vénèrent eux-mêmes leurs premiers ancêtres, ainsi que certaines idoles.

On trouve également dans l’histoire que certains idolâtres attribuent aux idoles qu’ils adorent d’autres idoles et d’autres divinités. Ils croient ainsi que les idoles, qui sont l’objet de leur adoration, adorent elles-mêmes ces idoles. Par exemple, prenant leur père et leur mère pour leurs dieux, ils croient que leur père et leur mère également ont des dieux à eux. C’est là une chose banale que l’on trouve couramment dès lors que l’on s’intéresse à ce sujet. Mais le Coran fait s’adresser Pharaon à son peuple en ces termes : ‘Je suis votre Seigneur, le Très-Haut (8)  !’ (sourate Al-Nâzi‛ât (Qui arrachent) ; 79 : 24). Ailleurs, on peut lire également : ‘Ô vous, les chefs du peuple ! Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même ! ’ (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 38). Là, il semble plutôt que Pharaon n’ait pas lui-même pris d’objet d’adoration et considère qu’il est le seul objet de l’adoration de son peuple. »

C’est pourquoi certains historiens présentent Pharaon comme étant en réalité un matérialiste, un athée, et qu’il ne croie absolument pas au monde créé, qu’il interdit aux gens l’adoration des idoles et prétend qu’il ne faut adorer que lui. C’est pour cette même raison que certains ont lu dans le verset en question wa lihataka / ولاتك au lieu de wa alihataka / والهتك, ce qui met à la fois l’accent sur l’adoration et à la fois en confirme la signification. Cependant, ce qui semble plus juste est ce qui apparaît à travers l’aspect visible de la phrase discutée. Si l’on considère la phrase : « Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même ! », il n’y a guère plus à comprendre qu’il entend par là interdire les autres dieux, les autres divinités qui gouvernent les affaires propres aux anciens Égyptiens, affaires qu’il exige administrer lui-même. Il n’est d’ailleurs pas le seul à énoncer de tels propos ; tous les idolâtres disent cela, car pour chaque catégorie parmi les catégories de créatures comme le ciel et la terre, la mer et les terres émergées, les peuples, et de même pour les différentes sortes d’accidents comme la paix et la guerre, l’amitié et l’inimitié, la laideur et la beauté, ils croient à des dieux séparés ; parmi tous ces dieux, ils adorent ceux qui subviennent à leurs besoins. Les habitants des rivages marins par exemple, adorent principalement le dieu de la mer et celui de la tempête.

Par conséquent, lorsque Pharaon dit : « Je ne vous connais pas d’autre dieu que moi-même ! », il dit : « Je n’ai pour vous, Égyptiens anciens, pas d’autre dieu que moi. Votre dieu, ô Égyptiens, c’est moi, et non celui par lequel Mûsâ (as) prétend être envoyé, et que lui adore. » Ceci est corroboré par un autre passage que l’on peut lire plus loin dans le Coran : « Ô Haman ! Allume-moi du feu sur la glaise ; construis-moi une tour, peut-être, alors, monterai-je jusqu’au Dieu de Moïse. Je pense cependant que Moïse est un menteur. » (sourate Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 38). Ces mots indiquent clairement que pour Mûsâ (as), Pharaon doute quant à sa propre divinité, ce qui fait que dans la phrase précédente il refuse de renier l’existence de l’autre Dieu et dit : « Je sais qu’il n’existe pas mais je veux au contraire interdire et renier l’existence d’un tel Dieu. » En résumé, il sous-entend : « Je n’ai pas d’autre dieu pour vous que moi », et non : « Vous n’avez pas d’autre dieu que moi. »

Avis différents au sujet de la religion et des croyances de Pharaon

Si l’on résume ce qu’est la religion des idolâtres, nous pouvons dire que ceux-ci considèrent que Dieu est pur de se voir adorer par quelqu’un, qu’Il est exempt de voir un autre que Lui accéder au Seuil de Sa présence. C’est ainsi que s’ils veulent se trouver en présence de Son Seuil, ils font de certaines de Ses créatures, Ses médiateurs, et adorent ces intermédiaires qui peuvent être des anges, des djinns, ou des saints parmi les êtres humains. La plupart des idolâtres choisissent comme objet d’adoration les grands rois ou les grands sultans, ils les considèrent comme les dépositaires de la manifestation de la grandeur de Dieu. Dans le même temps, le fait qu’un sultan ou un roi soit pour eux l’objet de leur adoration ne gêne en rien leur conception que ce sultan vénère lui-même un autre objet d’adoration. Ainsi, il est d’une part le dévot de son Dieu et d’autre part l’objet de l’adoration des autres. C’est ce que l’on observe dans la Rome antique où la plupart des Romains sont des idolâtres, sachant que le maître de maison est considéré comme le dieu de la maisonnée. Le pharaon de l’époque de Mûsâ (as) fait de même car d’une part il est le dieu des gens, et d’autre part il prétend à la divinité et les gens l’adorent. C’est cela également qui transparaît à travers les versets du noble Coran, et c’est là que s’éclaire le problème soulevé par la plupart des exégètes.



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